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Année Mirbeau

Mirbeau, une plume pour être « des tous les combats de son époque »

Par: 
Elena Fornero

Triel a accueilli, le 8 juin à la Péniche, la soirée-dédicace d'« Octave Mirbeau, le gentleman-vitrioleur » de A. Leduc. Une commémoration à caractère régional dans le cadre de l'année Mirbeau.

Octave Mirbeau, ou bien toutes les contradictions fécondes qu’une âme humaine peut abriter dans sa quête de vérité. Dans l’année centenaire de la mort du grand écrivain, polémiste, reporteur et arracheur de masques, Triel-sur-Seine, qu’il habita au crépuscule de sa vie, s’est offerte une autre occasion de parler de cette figure dérangeante et emblématique, mise injustement dans le tiroir de l’oubli national. Pendant une soirée-dédicace organisée jeudi 8 juin par le « Journal de Deux Rives », un public intéressé s’est embarqué à bord de la Péniche Arche Esperance pour traverser l’océan polymorphe de l’imaginaire mirbellien. Au gouvernail, l’essayiste Alain (George) Leduc, courageusement présent, même si blessé suite à une infortune, qui a présenté son dernier livre « Octave Mirbeau le gentleman-vitrioleur » (Les Éditions Libertaires, 230 pp., 15 euros). Claude Barouh a introduit la soirée en parlant de ses recherches sur Mirbeau et d’une exposition qui ouvrira ses portes à Poissy en octobre.

Leduc est poète, anthropologue, critique d’art et romancier, avec un impressionnant bagage d’incursions intellectuelles à son actif : ses œuvres vont de l’analyse de la modernité du Gauguin céramiste, aux signes racistes et sexistes dans l’art contemporain, au reportage sur le travail de nuit en France. C’est en découvreur de pistes cachées que l’auteur a approché la complexe biographie de Mirbeau pour mettre en lumière « l’éventail des idées et des formes qu’il utilisa », comme il l’explique. Le résultat est une promenade admirablement illustrée dans l’immense parcours littéraire et humain de Mirbeau. Des multiples facettes de son caractère, de sa vision du monde sortent de l’ombre par succession rapide d’anecdotes moins connus : on apprend qu’il fut en contact avec la pacifiste autrichienne Bertha Von Suttner, par exemple, ou qu’il fréquenta et admira le peintre belge Félicien Rops. Ou encore qu’il trimballât Jean Jaurès à travers les Vosges à bord de sa mythique 628-E8.

Et après il y a les idées véhémentes, les intuitions qui ont porté Mirbeau à être « des tous les combats de son époque » (l’Affaire Dreyfus, la défense d’Oscar Wilde et de Jean Grave, contre la peine de mort…), toujours un pas avant les autres, avec « son infatigable engagement auprès des opprimés et des laissés-pour-compte ». Mais aussi ses égarements et les compromis douteux de l’auteur du « Journal d’une femme de chambre » au début de sa carrière, que Leduc regarde avec aucune complaisance. Au contraire, il les analyse en essayant de les éclairer au maximum par la contextualisation historique et sociale. Il se penche donc sans peur sur le brûlot de l’antisémitisme du Mirbeau des « Grimaces », en expliquant les différentes nuances d’hostilité ambiante à l’époque. Il arpente les années de « nègre », où Mirbeau prostitua sa plume au service des bonapartistes et des conservateurs. Il raconte sa sympathie pour les anarchistes à travers l’histoire de « La Revue Blanche » et de ses fondateurs, les trois frère Natanson. Précision oblige, il s’attache même à démonter, dates à la main, le mythe de Mirbeau découvreur des Impressionnistes et de Rodin.

Les questions du public à la fin de la rencontre de Triel ont démontré que la curiosité populaire envers le grand Octave couve sous les cendres de l’amnésie affiché par certaines institutions, comme le Musée d’Orsay, lors du centenaire. Mirbeau internationaliste et pourtant antibritannique ? Mirbeau anarchiste, lui qui était foncièrement pessimiste sur l’homme ? L’homme mérite plus que jamais d’être remis au grand jour.

 

Un année Mirbeau qui se poursuit !

Triel-sur-Seine a déjà consacré à Mirbeau une conférence organisée en mars par l’association Triel Histoire Mémoire, sur le thème de l’amitié avec le jeune écrivain égyptien Albert Adès. Prochainement est prévue une exposition et des pièces de théâtre mises en scène par les Comédiens de la Tour : « Farces et moralités », du 3 au 12 novembre (7 représentations) et « Dreyfus, l’Affaire » le samedi 20 mars 2018 dans le cadre du Festival « Les Francos ». En printemps 2018 Triel accueillera l’Assemblée générale de la Société des Amis d’Octave Mirbeau.

Elena Fornero

 

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