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Livre à lire

Histoire de Lucie Dauvergne, une "Fille du roi" bien involontaire

Par: 
Claude Barouh

S’il est un sujet d’actualité qui a toujours existé dans l'histoire humaine c’est bien l’immigration, qu'elle soit volontaire ou non. Voici un roman historique, Les Filles du roi, qui nous permet de mieux comprendre l’aventure de ces filles à marier qui furent envoyées par Louis XIV (re)peupler la  Nouvelle-France (Québec).

Il fallait une sacrée dose de courage physique et mental pour émigrer ainsi vers des terres inconnues. La plupart accomplirent leur mission.

Madeleine-Arnold Tétard nous apporte, avec Les filles du roi, sur près de 300 pages, sa vision de romancière expérimentée dans le domaine historique. Une histoire pleine de rebondissements, de personnages attachants et pourvue d’un épilogue que nous ne sommes pas près d’oublier.

Un cadre historique

Pendant près de 10 ans, de 1663 à 1673, plusieurs centaines de filles célibataires, recrutées en France, ont permis de combler les besoins de femmes à marier en Nouvelle-France (Québec). Elles étaient pour beaucoup orphelines, avec quelques veuves parmi leurs rangs mais la principale raison qui amènait ces filles dans le Nouveau Monde était la pauvreté ; la plupart étaient issues de milieux humbles : artisanat et paysannerie. Une minorité d’entre elles provennaient de la bourgeoisie ou de la petite noblesse. Pour la plupart, l'avenir en France s’annonçait sombre et la perspective de fonder un foyer outre-Atlantique constituait une alternative suffisamment attirante pour effectuer cet important changement de vie. Comme elles étaient, en général, trop pauvres pour payer le coût de la traversée, le roi décida d’y pourvoir. Une dot de 50 livres devait être allouée aux filles issues de milieux humbles et 100 livres à celles provenant de milieux plus aisés. Dans bien des cas, cependant, elles furent pourvues en nature, pour une somme équivalente, tels qu’outils, terre, grains ou vaches. Et souvent rien du tout.

Elles arrivaient à Québec, à Trois-Rivières et à Montréal, où les religieuses et les habitants les accueillaient à bras ouverts. De nombreux jeunes gens leur faisaient une visite de courtoisie et les mariages allaient suivre et prospérer  : en 7 ans, la population passa de 3200 à 6700 habitants ! Les filles, que ceux qui les avaient selectinnées voulaient «fortes, intelligentes, belles et de bonne qualité» se maraient peu de temps après leur arrivée, souvent sous la pression des autorités. En grande majorité, les unions se sont opérées en moins de 5 mois. Très peu de filles sont restées seules ou sont retournées en France. Bien que ces filles étaient préparées à ces unions rapides, puisqu’on les avait envoyées pour cette raison dans la colonie, certaines (les citadines) ne supportèrent ni cette précipitation ni la dureté de la vie locale. Toutefois, dans l'ensemble les Filles du roi étaient des femmes fortes qui se sont bien adaptées à la vie éprouvante de la Nouvelle-France alors en construction. Une preuve : leur taux de fécondité était élevé, en moyenne de 5 à 6 enfants par fille et, dans certains cas exceptionnels, on comptait jusqu'à 18 enfants par famille !

Grâce à leur ténacité et à leur courage, ces Filles du roi, sont considérées  par certains historiens comme « les mères du peuple canadien-français ». Les descendants de ces humbles femmes doivent en être fiers.

L’extrait (p. 119)

Depuis ce fameux bal, plusieurs hommes de tout acabit lui avaient été régulièrement présentés. Certains, comme elle le redoutait, possédaient le triple de son âge véritable et empestaient ou l'alcool ou le poisson à deux pas devant eux. Aucun n'avait pu satisfaire l'examen de passage. De braves garçons, certes, dont certains possédaient plusieurs terres, maison et même carriole ou traîneau pour regagner la ville de temps à autre et y faire des emplettes. Ils bivouaquaient, pour la plupart, le long des rives du fleuve dans l'attente d'un établissement conjugal ; aucun ne satisfaisait à la recherche de Lucie. Nul n'était capable de la sortir de son mutisme. Lucie, alias Marguerite, ne se faisait guère à cette Nouvelle-France. Elle redoutait le moment fatidique où il lui faudrait malgré tout approuver la demande de l'un de ces prétendants si elle ne voulait point être renvoyée d'où elle venait. Cette menace, en effet, planait sur la tête des plus difficiles. En d'autres circonstances, elle n'aurait souhaité que cela mais là, il en allait de sa liberté, elle se devait donc d'en choisir un et le plus rapidement possible. Certains de ces garçons ne demandaient, sans doute, qu'à la rendre heureuse. Pourquoi donc, faisait-elle ainsi sa fine bouche ?

Un roman historique 

Lucie Dauvergne, servante au service de Mlle de Fontanges est, malgré elle, entraînée dans le tourbillon malsain de l’affaire des poisons, la mettant en cause pour avoir servi de relais entre les empoisonneuses la Brinvilliers, la Voisin et la Montespan.

Pour échapper à la police, elle prendra la fuite, abandonnant vie et parents pour se retrouver, à son insu, parmi ces Filles du roi qui n’ont pas hésité à tout quitter pour s’enraciner dans cette colonie royale qui est aujourd’hui le Québec. L’auteure vous invite à suivre le chemin de Lucie dans ce XVIIe siècle afin de découvrir ce que fut la vie pour certaines de ces filles et femmes à marier, les épouseuses. Ainsi, Lucie et son amie Nicole vous mèneront de Saint-Germain-en-Laye jusqu'en Nouvelle-France (Québec). Au terme d'une course folle et de rencontres inattendues, elle retrouvera enfin son village natal pour y découvrir un secret jalousement gardé.

L'auteure, Madeleine Arnold-Tétard

Historienne d’Art de formation, après avoir effectué toute sa carrière comme archiviste documentaliste de la ville de Meulan, Madeleine Arnold-Tétard est entrée, tout naturellement, en écriture à sa retraite en 2002. Elle se définit comme raconteuse d’Histoire, la petite au travers de la grande, et elle offre à ses lecteurs de nombreux livres ayant eu beaucoup de succès. De l’histoire locale analysée et synthétisée en divers ouvrages, elle est passée aux romans à caractère historique, aux biographies de personnages de l’Histoire méconnus du grand public et, également, à l'écriture d'une pièce de théâtre. De plus, elle a effectué de nombreuses conférences afin de mieux les faire connaître.

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