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Défense de la langue française

Ecriture inclusive : une sage mais sévère mise en garde de l’Académie française envers cette "aberration"

Par: 
Michel Kohn

Cet article soutient la prise de position de l'Académie française contre l'écriture inclusive, que certains veulent imposer afin de combattre les stéréotypes sexistes. Il explique les principales règles de ce langage.

Cette forme d'écriture, difficilement lisible, n'a pas, jusqu'à présent, été largement adoptée par la presse française. Le J2R essaiera de respecter l'avis des académiciens, en n'écrivant pas "les académicien·ne·s" ou "les académiciennes et les académiciens".

Cher·e·s lecteurs et lectrices, cher·e·s ami·e·s,

Etes-vous pret·e·s à modifier les règles que vos professeur·e·s vous ont apprises, dans votre jeunesse, pour vos rédactions ? Comme le suggère, avec ironie, Jean Pruvost, professeur des universités émérite en lexicologie et lexicographie, au lieu d’écrire « J’aime les chats, les chiens et les mouettes », vous devriez aujourd’hui vous exprimer ainsi : « J’aime les chattes et les chats, les chiennes et les chiens, et les mouettes, mâle ou femelle ». Selon cet expert de la langue française, il est plus démocrate et respectueux d’utiliser un même mot pour des personnes de sexe distinct.

Est-il nécessaire de modifier l’orthographe pour combattre les stéréotypes sexistes ?

Le concept de l’« écriture inclusive » pourrait nous avoir été imposé par l’Europe ? En effet, le Conseil de l’Europe a adopté, en 2008, une recommandation (1), visant « l’élimination du sexisme dans le langage et la promotion d’un langage reflétant le principe d’égalité entre les femmes et les hommes ». Cette préconisation de formulations non discriminatoires conduit, notamment, à inclure, systématiquement, le féminin dans l’écriture.

L’application de telles règles a été encouragée par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, dans son Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe, publié en 2015 (2). Faut-il suivre ces conseiller·e·s de l’égalité entre humains ou bien les immortel·le·s qui ont unanimement affirmé, le 26 octobre, que l'écriture inclusive « aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l'illisibilité » (3) ? Certes, les femmes, qui n’ont été admises qu’en 1980 dans cette assemblée, n’y sont que quatre des 34 membres actuels. Ceux-ci ont, tous ensemble, déclaré : « C’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme. »

Le 11 octobre dernier, Julien Aubert, député du Vaucluse, avait demandé au ministre de l’Éducation nationale d’interdire l’écriture inclusive dans les manuels scolaires (4). Cette lettre, cosignée par 16 de ses collègues LR, faisait suite à la publication, par les éditions Hatier, du manuel scolaire de CE2 Découvrir le monde, utilisant ce langage. Selon ces députés, l’écriture inclusive prend "en otage les écoliers pour transformer, sous couvert d’apprentissage à l’égalité, notre langue à des fins idéologiques" : « La dénaturation de la langue française est ainsi accompagnée d’une politisation du langage comparable à ce que George Orwell avait prédit avec sa fameuse "novlangue", utilisée par un État totalitaire pour empêcher toute pensée subversive, dans son roman 1984. »

La féminisation n’est toutefois pas acceptée partout. En septembre 2017, lors des élections sénatoriales, la commission de propagande de Mayenne a refusé les bulletins des candidats écologistes au motif qu’ils comportaient le mot "suppléante" au lieu de "suppléant" (5) ; l’article R.155 du code électoral, qu’elle avait strictement appliqué, a été alors rappelé : il dispose « que les candidats aux élections sénatoriales inscrivent sur leurs bulletins de vote le nom de la personne appelée à remplacer le candidat précédé ou suivi des mentions “remplaçant” ou “suppléant” ». Le directeur du cabinet du préfet a précisé que cette commission « chargée de garantir l’égalité entre tous les candidats » avait jugé que l’utilisation du mot « suppléante » pouvait influencer les électeurs et avantager l’un des candidats.

De nouvelles règles à appliquer ou à ignorer

Que désigne l’expression “écriture inclusive” ? Un nouveau signe graphique, le point milieu ou point médian, que vous avez vu apparaître dans cet article, permettant de ­visualiser la présence de femmes, symbolise la règle la plus discutable que les « anti-sexistes » veulent nous imposer. Les deux points, encadrant la terminaison féminine, sont souvent remplacés par des tirets ou des parenthèses, car ce symbole n’est pas présent sur nos claviers actuels, « non-égalitaires ». Outre l’illisibilité mentionnée par les académicien·ne·s, cette règle contrevient à une autre importante de la langue française, celle relative aux caractères accentués. En effet, le « è », souvent présent à la fin des mots féminins mais n’existant pas dans leur forme masculine, disparaît dans la rédaction inclusive.

Par contre, nous pouvons, facilement, accepter une autre règle : accorder les noms de métiers et de fonctions selon le genre (auteure, docteure, pompière, cheffe...). Toutefois, nous n’approuvons pas l’association qui s‘est nommée "femmepreneurs", pour mettre en évidence que ses membres sont uniquement des "entrepreneures" ! Sur ce point, l’Académie française a rappelé, en 2014, sa position (6), suite à un incident ayant opposé à l’Assemblée nationale un député à la présidente de séance :
« Un catalogue de métiers, titres et fonctions systématiquement et arbitrairement "féminisés" a été publié par la Documentation française, avec une préface du Premier ministre. La presse, la télévision ont suivi avec empressement ce qui pouvait passer pour une directive régalienne et légale (déclaration adoptée à l’unanimité dans la séance du 25 mars 2002). Or aucun texte ne donne au gouvernement “le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français”. Nul ne peut régenter la langue, ni prescrire des règles qui violeraient la grammaire ou la syntaxe : elle n’est pas en effet un outil qui se modèle au gré des désirs et des projets politiques. »

Mettant en œuvre la règle d’utilisation de termes génériques, nous pourrions, comme il est recommandé, écrire « droits humains » à la place de « droits de l’homme » ; toutefois, dans cette expression, l’homme ne représente pas un individu masculin mais un être appartenant à l'espèce animale la plus développée, sans considération de sexe.

Une autre règle apporte une lourdeur inutile : décliner le féminin et le masculin, dans l’ordre alphabétique, pour désigner un groupe de personnes (par exemple : « les lecteurs et les lectrices », « les conducteurs et les conductrices »).

Néanmoins, Mesdames et Messieurs, si vous ne souhaitez pas suivre l’avis de l’Académie française mais utiliser l’écriture inclusive pour mettre les femmes et les hommes sur un pied d’égalité, il vous faut respecter toutes les règles de ce nouveau langage qui s’introduit dans notre belle langue. Dans ce but, l’agence Mot-Clés a élaboré et publié un Manuel d’écriture inclusive (7).
 

Références

 
 
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