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Tribune

Combat en terrain miné

Par: 
Claude Barouh

Pour ou contre le plaisir de l’habitude ? Pour ou contre l'A104 ? Pour ou contre Linky ? Pour ou contre la  déviation de la RD154 ? Pour ou contre le nucléaire ? Pour ou contre X Y ou Z …  Merci la polémique,  déplaçons la problématique combative vers une tentative de réconciliation des protagonistes : est-il possible ou non d’évoluer du conflit vers le consensus ?

Que le projet X Y Z ou un autre se concrétise ou qu'il ne se fasse pas, il est évident que les conséquences seront différentes ; ceci n’empêche pas de généraliser, d’élargir la problématique au vrai problème : celui du changement… et celui-là on ne l’aime pas !

S’il y a toujours eu les pour et les contre, le changement voulu, refusé ou subi amène le mieux, le moins bien ou le pire qui s’expriment souvent par un antagonisme vieux comme l’espèce humaine : la position des anciens (arqueboutés sur leurs souvenirs qu’hier c’était mieux) face aux modernes (pétris des certitudes que, demain, ce sera meilleur avec une dose d’incertitude comme l'ont démontré Huxley et Orwell.

Pré carré vs. intérêt général

Les actions récentes de contre-pouvoirs reconnus, que les médias (locaux ou nationaux) évoquent avec plus ou moins de compétence (et d’objectivité), demandent qu’on réfléchisse à l’idée qu’on est ou non dans le même bateau.  Une hypothèque salutaire mais risquée. Pour garder la métaphore, disons que l’équipage ressemble à un ensemble bien hétéroclite poursuivant souvent des buts différents pour ne pas dire contradictoires et que les membres s’allient ou s’opposent selon leurs intérêts et les circonstances du moment.

En vérité chacun défend son pré carré dans un match truqué où l’on se positionne suivant que le projet l'impacte ou non. Un match à plusieurs (cinq ?) joueurs avec des (vrais-faux) jetons sortis ou planqués suivant les calculs, les opportunités et la stratégie, elle même à pas variable.

Chercher qui perd qui gagne

D'abord ceux qui ont tout à gagner : les bétonneurs qui ont horreur de l’espace vide et ne cherchent qu'à le remplir (ainsi que leur poche). Eux, ils gagnent à tous les coups : le projet se fait, par ici les profits (avec dépassements des devis bien sur). Il ne se fait pas  : alors pas de problème, par ici les gros dédommagements ou d'autres (pires) projets à venir etc.

L’État : les pouvoirs publics représentés par des girouettes à pas variables, souvent incompétentes parfois visionnaires mais éjectables, seront éjectés par le devoir d’alternance donc irresponsables bien que décisionnaires. Celui-ci choisit son camp avant d'agir puisque gouverner c'est prévoir ; toutefois, le Système est cornaqué par l'idéologie, influencé par les lobbies et géré par les technocrates ! Des décideurs toujours attentifs à prendre des décisions réversibles (on ne sait jamais ce qui va arriver !). Cependant, une autre variable exitse : le calendrier électoral fait que les décisions penchent suivant la période avant ou après. Le sens du vent dirige la girouette.

Les élus locaux : laissons leur le bénéfice de la sincérité mais rappelons-nous les déclarations non suivies d’effets, les revirements, les hésitations, les choix (bons si on est d'accord, mauvais si on ne l'est pas !). Encore une autre variable : la précarité de la fonction, malgré les lourdes responsabilités qu'ils se sont engagés à assumer vis à vis de leurs électeurs et des habitants (anciens et nouveaux). L'avis de ces derniers, ils n'ont souvent pas envie d'en tenir compte s'ils sont différents de ce qu'ils pensent eux-mêmes être bien pour l'avenir (visionnaire ou sous influence ?).

A quand les référendums locaux sur les grandes décisions ? L'exemple respectable d'Andrésy mérite un souvenir ému.
 

Un exemple parmi d’autres

La polémique transports à propos de la construction localement non maitrisée de logements nous mène vers une saturation elle-même non maitrisée.

Avec l’obligation de construire des milliers de logements supplémentaires dans chacune des communes de l’ouest parisien se pose, inévitablement, le problème des transports. Les routes autour de Poissy, de Conflans et de Saint-Germain (D22, D55, D190, N184, A13, A14, A15) sont quasiment immobilisées par les bouchons aux heures de pointe. Nos axes routiers sont déjà saturés à 110-150 % et on est en train de rajouter encore 20 à 30 % de population supplémentaire d’ici à 2020 ! C’est totalement irresponsable car rien n’est adapté pour accueillir ces milliers de familles supplémentaires (pas assez de transports en commun, routes saturées, pas assez d’écoles, de médecins, d’installations sportives et, de plus, pas assez d’emplois pour tout le monde).

On court droit au désastre mais la loi ALUR est-elle seule responsable de cette situation qui ne tient pas compte des infrastructures existantes ?

Les habitants : ceux-ci seront réellement impactés directement et durablement par les choix définitifs ; reconnaissons que les enquêtes préalables (avec avis consultatif) leurs sont ouvertes. En prennent-ils conscience au bon moment et ont-ils les moyens d'agir ? Souvent informés trop tard ou agissant en ordre dispersé pour ne pas dire contradictoire, peuvent-ils faire poids dans les décisions des élus ? La voix du vrai peuple reste ainsi souvent la grande muette et c'est là qu'interviennent les regroupements.

Des Associations, des collectifs ou d'informelles manifestations plus ou moins spectaculaires se constituent en contre-pouvoirs. L'union faisant la force, il en pousse partout et il serait souhaitable mais laborieux de les énumérer. C'est simple : en face de chaque projet il y a une opposition (plus ou moins durable et étoffée). Il faut faire nombre mais ce qui devrait augmenter la force de ces moyens représentatifs de pression c'est d'une part la pertinence de leurs points de vue, la qualité des contre-propositions affichées (quand il y en a) et d’autre part la permanence dans le temps de leurs objectifs.

Changer est difficile

Sans invoquer l’illusoire progrès bénéfique pour tous, changer implique plus qu’une alternative : soit un renoncement soit un espoir, soit les deux. Ne pas changer est encore plus risqué car l’immobilisme entraine souvent un facteur de régression.

Alors que faire ?

Sans systématiquement se remettre en cause, il faudrait que chacun prenne conscience qu’il a pu quelquefois s'être trompé donc rechercher le consensus plutôt que le combat. Pour cela il faudrait surtout que dialogues, informations et véritable volonté de trouver un terrain d’entente de part et d’autre s’instaure ! Faute de quoi, souvent, le recours au « juridique » est préféré et là c’est encore un autre terrain miné qui s’annonce où l’aléatoire s’ajoute à l’incertain, déguisé en résultat qui lui-même peut être remis en cause.

 

V041217

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