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Poissy : Le musée du jouet

Par: 
MIchèle Ballery

Notre soif de découvertes nous conduit, en ce mois de Mai, au sein d’une des plus anciennes cités des Yvelines : POISSY.

Elle nous guide et nous attire vers le vieux quartier, témoin vivant du passé historique de la ville, jouxtant la superbe Collégiale Notre –Dame. C’est là, dans un authentique bâtiment du XIV ° siècle, flanqué de deux tours fortifiées reliées par une poterne, vestige du Prieuré Royal de Saint-Louis, que s’abrite, se cache, oserais-je dire, le MUSEE DU JOUET. Espace ludique et culturel à la fois, ce Musée tend en effet vers deux finalités distinctes et complémentaires :
- dévoiler l’existence de cette multitude de jouets anciens, suscitant l’intérêt, le plaisir, l’attendrissement , l’émotion, parfois,
- se révéler comme un outil nécessaire à l’étude de l’évolution des temps, des modes de vie et des progrès de la technologie. Ceci étant posé, il apparaît évident que le spectacle présenté n’intéressera pas exclusivement l’enfant, le collégien ou le lycéen, mais s’adressera autant (sinon davantage) à un public adulte, qu’il s’agisse de collectionneurs, de pédagogues, voire de sociologues.

Le Musée du Jouet offre un échantillon de la production des jouets français , et parfois allemands, essentiellement entre 1850 et 1930, période prolifique considérée par les connaisseurs comme l’Age d’Or du jouet. C’est ainsi que cohabitent ours en peluche, innombrables bébés et poupées de porcelaine, que voisinent attelages et trains à vapeur, sous le regard curieux et amusé des petits soldats de plomb, et que la technologie balbutiante de l’époque nous est révélée avec les jouets optiques et les premiers trains électriques.

Notre parcours, après un passage devant les premiers hochets de bébé, faits d’or, d’ivoire ou d’argent, nous permet de nous attendrir à la vue de la « colonie » d’Ours en peluche. Les plus anciens, en mohair, datent de 1880. Leur morphologie, leurs longues pattes antérieures imitent de manière bien plus fidèle que les peluches d’aujourd’hui, si chères pourtant à nos jeunes têtes blondes ( ou brunes), l’aspect des vrais plantigrades.

Vient l’instant où nous découvrons avec enchantement l’impressionnante collection de Poupées et Bébés. Au milieu du XIX° siècle, les poupées possèdent une tête de porcelaine, des yeux de verre, un corps de bois ou de cuir, empli de son ou de sciure, une perruque en laine d’agneau ou en cheveux naturels. En 1850, la firme HURET dépose un brevet pour un corps de poupée articulé , en « gutta percha », caoutchouc naturel d’hévéa qui, après moulage à chaud, durcit en refroidissant. Plus tard, les têtes sont en biscuit (porcelaine non émaillée), les traits s’affinent, les yeux, de verre ou d’émail donnent à ces « demoiselles » un irrésistible regard humain. Elles sont signées du porcelainier F. GAUTHIER. Certaines arborent d’importants trousseaux fournis par des couturières expérimentées. C’est l’époque des « poupées-dames ». Les petites filles s’identifient à elles, se projettent dans l’avenir, faisant l’apprentissage de leur vie de femme.

En 1910, naît le « Bébé de caractère » . Son visage en biscuit, son corps potelé, ses jambes semi-pliées, l’apparentent au véritable bébé, au nouveau-né. 1930 marque l’apparition du bébé en « celluloïd » (mélange de déchets de coton, d’acides nitrique et sulfurique et de camphre, pressés à chaud). Les firmes PETITCOLLIN et RAYNAL marquent cette période par leur production abondante et réputée de bébés plus vrais que nature ! Me revient en mémoire une anecdote personnelle : je devais avoir 6 ou 7 ans ; alors que je me promenais avec ma mère, cette dernière ayant pris dans ses bras mon bébé RAYNAL pour me permettre de monter dans le tramway, entendit un courtois « Passez, Madame, je vous en prie » ! Qu’il soit de tissu ou de celluloïd, le « bébé de caractère » supplante la « poupée-dame ».La petite fille joue différemment. Elle va s’identifier non plus à sa vie de femme, mais à sa vie de Maman. Non sans regret, après avoir salué au passage la première poupée parlante (1893), la première poupée marcheuse (1920), Mesdemoiselles « Barbie » ( nées aux U.S.A. en 1959), il nous faut quitter tout ce petit monde charmant et élégant.

Place maintenant aux Jouets de garçon. Pour n’en citer que quelques-uns : le coffret de menuisier (vers 1860), le cheval mécanique (1880), l’armure de cuirassier (1902), le pompier (1904), le joueur de diabolo (1907), le croiseur (1910) sur sa pièce d’eau, le fort (1914), le voilier (1921), la voiture à pédales (1930).La plupart des jouets mécaniques sont signés du fabricant F.MARTIN . Ils valurent à leur inventeur une grande notoriété. Ils poursuivaient le même objectif : dépenser l’énergie du jeune garçon, développer son sens de la technique, son esprit créatif.

Non loin, nous remarquons deux curiosités scientifiques : le « phénakisticope », inventé en 1832, et le « zootrope » inventé en 1834. Ce sont des jouets optiques, ancêtres du dessin animé.

Nous voici maintenant devant l’évocation d’une catégorie de jouets, autrefois très prisée de la jeune gente masculine : les soldats de plomb. Ils figurent ici en bonne place. Il faut dire que, pendant la période historique la mieux représentée en ce Musée, trois guerres se sont succédées : 1870, 1914/1918, 1939/1945. Les Zouaves, les Poilus, les soldats des Campagnes Napoléoniennes, des Guerres Coloniales, aux corps de plomb moulé, peints à la main, recomposent avec fidélité et une étonnante précision ces glorieux mais douloureux épisodes militaires.

La visite se poursuit, au second étage, par l’Empire du train. La fin du XIX° siècle voit, en effet, la naissance d’une véritable industrie du train-jouet. Elle se développe, parallèlement au vaste mouvement industriel que connaît l’Europe à cette même époque. Les premiers modèles à vapeur, en tôle peinte, puis en cuivre, apparaissent dès 1880. Puis, vers 1930, la firme « JOUET de PARIS » (JEP) lance les premiers trains électriques. Jusqu’en 1950, la production s’avère très riche. Au fil des années, le matériau change. La tôle disparaît , au profit du « zamac » et de la matière plastique. Superbes jouets, d’une parfaite précision, construits à l’échelle 0 ( 35 mm d’écartement entre les rails), ces trains savent allier l’esthétisme au réalisme. Plusieurs spécimens fonctionnent, sur leurs circuits sophistiqués. Trois autorails ( de 1935) et une « Micheline » tournent. Au premier plan, un train particulier se distingue : c’est la « Flèche d’or » ( Rapide PARIS-CALAIS-LONDRES). De nos jours, de beaux modèles sont toujours produits, mais ce secteur du marché du jouet s’adresse autant, voire davantage, au monde adulte et au monde des collectionneurs qu’au monde de l’enfance. Un arrêt, admiratif, s’impose devant un avion, de fabrication allemande, datant de 1935 ; l’invention révolutionnaire de Clément ADER , dès 1890, et les exploits des premiers aviateurs inspirant bien évidemment les constructeurs. Après un ultime clin d’œil à quelques modèles d’automobiles, avec leur chauffeur, datées de 1906 et 1914, notre parcours s’achève.

La présentation de cet éventail de jouets anciens, ne prétend pas être exhaustive. Il eût fallu s’attarder encore sur les jouets des métiers, les marionnettes et autres lanternes magiques. Mais j’ai la faiblesse de croire que cette promenade, succincte, dans l’Univers du jouet, suscitera plaisir et admiration, tout en témoignant, à son humble niveau, de l’expansion technologique et économique de notre pays, si intense au cours du XIX ° siècle, et au début du XX° siècle .

Dans une centaine d’années, si d’aventure vos pas vous conduisent vers le Musée du Jouet, vous attendront assurément « cyber-animaux », véhicules lunaires, « play-stations »ou « Action man ». Pauvres oursons en peluches, pauvres petits soldats, pauvres poupées de porcelaine, peut-être alors frémirez-vous d’horreur ?

 

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