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Andrésy : un collège high tech sans casier pour les élèves

Par: 
PAR LIONEL WASTL
L’absence de casiers pour les élèves dans le nouveau collège Saint-Exupéry reste le motif de mécontentement le plus important chez les familles d’Andrésy et de Maurecourt. Il a agité les réunions de début d’année au collège. Tour d’horizon de la situation, des responsabilités et des positions des différents acteurs du conflit
 

Kévin, élève de 4ème, part au collège, pour sa première journée entière de cours. Dix minutes de marche, dix minutes de bus avec un cartable à dos de 8 kilos. Mais il n’a pas oublié de prendre son cadenas : il choisira un casier pas trop bas car l’an dernier, dans l’ancien collège, il s’était aperçu que ce n’était pas très pratique. Kévin y laissera ses manuels ainsi que ses cours de l’après-midi. Il pourra ainsi manger à la cantine sans son lourd cartable à traîner. Arrivé au nouveau collège, il demande à l’un des surveillants où se trouvent les casiers pour les élèves. « Mais, on te l’a pas dit ? Il n’y a pas de casier dans ce nouveau collège ! ».

 

Pourquoi le nouveau collège ne dispose t-il pas d’emplacements pour les casiers à l’intérieur ?

 

Première remarque : les casiers pour les affaires scolaires des enfants ne font pas partie du cahier des charges obligatoires d’un établissement scolaire. Dans le cas d’Andrésy, on pouvait néanmoins légitimement s’attendre à ce que le nouvel établissement propose des casiers qui existaient dans l’ancien établissement ! Il faut des couloirs d’au moins cinq mètres de large pour pouvoir installer des casiers. Les plans n’en prévoyaient pas. Deux explications sont possibles : soit les terrains cédés par la ville pour construire le collège étaient insuffisants, soit, hypothèse plus probable, la dotation du département s’est révélée insuffisante pour construire une salle supplémentaire afin d’y placer les casiers. L’architecte a donc fait une proposition pour des casiers extérieurs...

 

Pourquoi les casiers n’ont-ils pas été construits à l’extérieur, dans la cour ?

 

Une partie de la cour de récréation du collège attire l’œil : la présence de grandes alvéoles blanches sur tout un pan de l’établissement. C’était l’emplacement des casiers extérieurs, prévus et construits par l’architecte du département. Mais la principale du collège, Mme Ponthier, a pris la décision de ne pas poursuivre leur construction. Plusieurs raisons ont été avancées : Les casiers, selon elle, n’auraient pas été suffisamment protégés contre une grosse averse. Deuxièmement, il s’agit, de la part de la principale, d’un choix budgétaire : Mme Ponthier a affirmé aux parents que la construction de ces casiers aurait englouti « la moitié de [son] budget équipements » (après enquête, il semblerait que ce soit plutôt le tiers du budget). Enfin, le danger de l’intrusion et du vol a fait reculer la direction : « la grille de deux mètres de haut n’aurait pas empêché quiconque de pénétrer dans l’établissement ».

L’absence de casiers : les responsabilités

D’abord le maître d’œuvre : le département. Il aurait du prévoir une place suffisante pour des casiers intérieurs. Cela relève d’un défaut de conception. Les témoignages concordent : la dotation globale du Conseil général des Yvelines était insuffisante et la direction du collège a du faire des choix.

Ensuite Hugues Ribault, et à double titre :

D’abord, en tant que maire. La ville a, en effet, « cédé » les terrains au département. Étaient-ils été assez grands pour prévoir de larges couloirs ? Cette cession d’actifs immobiliers ne devait pas contrecarrer le projet municipal de complexe multi sportif qui jouxte le collège et qui avait besoin d’une surface de terrain suffisante. Ensuite, en tant que Conseiller général des Yvelines, responsable de son canton, M. Ribault est directement visé par l’absence de casiers. Lors des municipales, le maire UMP a suffisamment répété qu’Andrésy avait la chance d’avoir un représentant du département à sa tête. Cette affirmation peut se retourner contre lui...

Les deux collectivités locales concernées par la construction du collège n’ont pas toujours concerté avec les acteurs de l’éducation nationale : les fédérations de parents d’élèves n’ont jamais été informées du choix du site choisi qui est très excentré.

Enfin, la principale du collège Mme Ponthier a pris une lourde responsabilité (à un an de sa retraite) pour l’avenir des enfants et de l’établissement, en refusant la construction de casiers à l’extérieur. Certes, ses arguments ont convaincu une majorité des membres du Conseil d’administration (notamment des enseignants et des représentants des fédérations de parents d’élèves !). La direction a du faire un choix, suite à des erreurs de conception du collège. La principale a préféré renforcer l’équipement informatique de l’établissement, déjà bien pourvu. Néanmoins, des casiers vidés chaque soir par les élèves auraient été une solution simple pour éviter tout acte délictueux. Mais là où la responsabilité de la direction est encore plus engagée, c’est que cette absence de casiers contredit explicitement les directives du Ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos...

 

Une absence de casiers en contradiction flagrante avec les directives du Ministère de l’éducation nationale :

 

Les cartables peuvent peser jusqu’à 10 kilos. L’objectif du Gouvernement est de ramener ce poids à 4 kilos. Afin de lutter contre cela, Xavier Darcos, dans une circulaire datée du 11 janvier 2008, souhaite la « mise en place de casiers fermés, lorsque c’est réalisable, en lien avec les collectivités locales »

Les collégiens quittent un établissement doté de casiers pour un collège high tech... sans casiers !

Résumons l’invraisemblable : Voilà donc un établissement scolaire à construire sur des terrains vierges - ce qui laisse toute latitude pour proposer l’infrastructure optimale -, dans une ville dirigée par un représentant des Yvelines (maître d’œuvre de l’ouvrage), avec un Gouvernement qui prône des mesures pour alléger le poids des cartables…

Un ensemble de paramètres pour le moins exceptionnel !

Las ! Les Andrésiens quittent un établissement doté de casiers pour un collège flambant neuf… sans casiers !

M. Ribault a très bien senti le piège à deux ans des Cantonales : d’où son extrême discrétion sur ce dossier. Ces adjoints, de leur côté, font bloc avec la direction du collège, pour justifier l’absence de casiers – ce qui n’était pas le cas, lors des réunions de quartier de juin 2008. Il s’agit maintenant, pour les acteurs institutionnels de ce dossier, d’éteindre les braises, prêtes à se rallumer...

Et maintenant ?... :

Le Conseil général des Yvelines, la mairie d’Andrésy et la direction du collège ne feront plus rien, dans le contexte actuel.

Seule une forte mobilisation médiatique des parents, relayée par les trois fédérations de parents d’élèves, pourra faire bouger les lignes.

Nous avons appris, par les représentants de la PEEP qu’une pétition était une option envisagée avec la FCPE.

Affaire à suivre... Il en va de la santé de nos enfants !

 

La position des fédérations de parents d’élèves :

 

Corinne Di Vitta, présidente de la PEEP d’Andrésy : "Il est très étonnant que les instances concernées par l’aménagement du nouveau Collège (inspection académique et Conseil Général) ne se soient pas préoccupées de la Circulaire n° 2008-002 concernant le poids des cartables – véritable question de santé publique pour nos enfants.

L’informatique a été privilégiée aux dépens de nos collégiens, or le plan informatique ne sera pas opérationnel avant plusieurs années.

La PEEP fait un courrier aux différentes instances ainsi qu’à notre Ministre.

Nous déplorons que, concernant ce nouvel établissement, les associations de Parents d’élèves n’aient pas été plus impliquées."

Marc-Noël Vandamne, président de la FCPE Andrésy : "Bien que les arguments de la principale du collège à propos des risques concernant des casiers extérieurs soient recevables, cette situation est une véritable régression par rapport à la situation antérieure.

Nous payons les erreurs de conception architecturale et d’une pression financière sur les coûts qui a conduit l’architecte (en ce qui concerne les casiers) à prendre des options minimalistes.

Et quand je pense que nous partions d’un terrain vierge !

Outre sa fonction de santé publique, les casiers auraient permis d’avoir son « chez soi ». Ce coin de rangement est un outil d’intégration et d’appropriation des locaux par nos jeunes enfants. Cette dimension sociale est souvent oubliée."

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