Vous êtes ici

Coronavirus

Nostalgie virale

Par : 
Claude Barouh

Le virus chinois exporté d'une dictature autoritaire et puissante va mettre à mal mondialement nos démocraties libérales : en plus de nos morts, c’est à brève échéance la limitation drastique et légale de nos libertés qui s’annonce. Il faudra se montrer vigilant et défendre la liberté de chacun et notre idéal commun.

Application StopCovid

"Du point de vue des droits de l'homme, ce système est dangereux", estime le président de la  Commission nationale consultative des droits de l'homme

[Selon une déclaration sur franceinfo] Jean-Marie Burguburu, président de la CNCDH, s'inquiète de la mise en place de l'application StopCovid, destinée à géolocaliser les personnes atteintes du Covid-19. 

Pour accompagner le déconfinement du 11 mai, le gouvernement cherche à mettre en place une application sur les smartphones qui permettrait de savoir si on a croisé un malade du coronavirus. Pas d'obligation, cela se ferait sur la base du volontariat. "Ce principe nous inquiète", a déclaré ce lundi 27 avril sur franceinfo Jean-Marie Burguburu, président de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH). "Du point de vue des droits de l'homme ce système est dangereux."

Cette application inquiète aussi "le Comité national scientifique, la Cnil et le Conseil national du numérique, mais ils finissent par donner un feu vert", a regretté Jean-Marie Burguburu. "Je ne suis pas sûr que nous, Commission nationale des droits de l'homme, parce que les droits de l'homme nous préoccupent au premier plan, nous pourrons donner un feu vert."

Des garde-fous insuffisants

Le gouvernement assure que cela sera anonyme, volontaire et temporaire. Mais cela n'a rien de rassurant pour Jean-Marie Burguburu. "L'anonymat peut toujours être brisé par recoupement, les techniques informatiques le permettent parfaitement, le volontariat est biaisé puisqu'il peut être soumis à des contraintes, notamment de la part des employeurs. Ce système est trop fort pour obtenir le but poursuivi." Cette application touche la santé, "il faut lutter contre l'épidémie mais pas avec un système qui va déshumaniser."

Les droits de l'homme sont "actuellement mis en cause à cause de l'épidémie, mais il faut des limites. Il n'y a pas de limites dans le temps. Ce système actuellement provisoire peut durer longtemps, par conséquent il est dangereux. Actuellement on surveille les malades, bientôt on surveillera les manifestants, si ce n'est pas déjà fait, les migrants... On met le doigt dans un engrenage dangereux."

Je pourrais rédiger un texte bien écrit, sans aucune faute d'orthographe ni de français, éclairé d'un optimisme de bon aloi pour ne pas dire de connivence ; n’y apparaîtrait qu'un angélisme généralisé reflétant un humanisme de circonstance… Mais pourquoi ça bloque ? Tout ce joli décor hélas n'existe pas ou si peu par rapport aux dangers que la situation actuelle annonce auxquels s'ajoutent ceux que l'on ne perçoit pas encore.

En fait, le virus chinois exporté d'une dictature autoritaire risque de mettre à mal mondialement nos démocraties libérales : en plus de nos morts, c’est à brève échéance la limitation drastique et légale de nos libertés qui s’annonce : restrictions de la plupart de nos déplacements, instaurations de contrôles, renforcement des dispositifs de surveillance technologique des individus, discriminations entre les bons et les mauvais confinés et méfiance permanente envers les autres.

Pourquoi occulter la partie noire de la nature humaine ? Homo homini lupus est, « l’homme est un loup pour l’homme ». Encore aujourd’hui, l'homme est le pire ennemi de son semblable ou de sa propre espèce. De ses rapports avec son environnement on peut même retenir de cet adage le caractère primitif et destructeur de son/notre individualisme. La situation actuelle le révèle à chaque instant et le mouvement n'ira qu'en s'amplifiant avec la crainte permanente d'être contaminé par l'autre. L'autre ? Ce peut être notre voisin par délations en chaîne ou même le membre de la famille qui risque d'être contaminé parce que lui il se déplace pour son travail ou est allé au supermarché et y a touché la mauvaise poignée. Ce peut être n’importe qui. L’ennemi est partout, sur tous les fronts, sur chaque boîte de céréales, dans les moindres recoins où nos yeux regardent. Il est partout parce qu’il est invisible, il est omniprésent parce qu’il est dans notre tête et n’a pour seule limite que notre imagination.

Pour vivre heureux faudrait-il vivre caché, seul ou séparé ? Pas facile en période de confinement, impossible pour certains. « Pour être heureux, il faut penser au bonheur d’un autre », disait Bachelard. Mais alors, les libertés dont je disposais hier, avant le confinement seront-elles le bonheur que j’envierai avec nostalgie demain, emprisonnées à jamais dans ma mémoire ?

Au secours ! Les sorties de secours s’ouvrent sur des impasses invisibles ! Où sont les protections ? A qui se fier ? Les politiques ont, depuis le début de l’épidémie, des avis divergents ; même si « gouverner c’est prévoi », la plupart font ce qu’ils peuvent et ne sont pas condamnables ; ceux qui les critiquent à tous les niveaux n’auraient pas fait mieux à leur place. Le corps médical dans son ensemble, dont la mission est de soigner, dans le but de guérir, est présent, dévoué, efficace mais débordé. Actuellement le personnel soignant du fait des économies budgétaires n'a pas toujours les moyens de se protéger et une partie de nos médicaments sont fabriqués ailleurs ! Cette « roue de secours » humaine et indispensable sur laquelle nous comptons en cas de catastrophe, bien qu’exposée au danger, tient courageusement sous la pression.

L’ordre établi s’appuie comme d’habitude sur la peur du gendarme : c’est confiné contre non confiné et la répression gagne sur la prévention comme c’est l’usage dans notre société. Ajoutons fraudes et trafics inévitables (masques, faux médicaments…), l'incohérence des rumeurs diffusées à grande échelle, la limitation des déplacements, les fausses nouvelles et les infos plus contradictoires les unes que les autres. Quant aux pauvres et aux indigents qui ne s'en sortiront pas tous, sauf miracles, pendant combien de temps seront-ils pris en charge par la collectivité ? Les révélations sordides concernant les maisons de retraite, où les familles ont relégué une génération précédente, et les faux espoirs d’un avenir où tout redeviendrait « comme avant » sont l'arbre qui cache la forêt.

Vraisemblablement, nous entrons dans l'univers du chacun pour soi dans lequel l’égoïsme des uns sera à peine compensé par la générosité charitable et provisoire des autres qui s'en lasseront bien vite. Sans compter sur les moyens limités des collectivités, milieu associatif compris. Ce virus va mettre à mal nos démocraties, les gouvernements préparant a priori une limitation des libertés qui va devenir légale. Il est vrai que c'est la guerre ! L'espoir que l'ennemi sera éliminé, que le virus sera rapidement vaincu d'une manière ou d'une autre afin que tout rentre dans l'ordre semble à ce jour bien mince. Au bout, à la sortie du tunnel viral, il y aura peut-être la mort naturelle du virus ou (c’est promis) les vaccins et les traitements salvateurs mais les survivants resteront marqués à vie parce qu’ils auront côtoyé la peur. Cachée, présente, permanente, invisible, inévitable… Cela ne s’oublie pas !

Justement ce qu’on ne sait pas, s’ajoutant à la peur de l’inconnu, pourrait mettre en marche le moteur du changement de ce qui n’allait pas dans la « société d’avant ». On peut rêver que par une transformation acceptée, radicale et progressive de notre société s’accomplissent des changements considérés jusqu’à maintenant comme utopistes. Nostalgie, nostalgie ! Eviter qu’encore une occasion ne soit manquée ? Saint-Exupéry a écrit que « La nostalgie c’est le désir d’on ne sait quoi 

Publicité