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Nos élus confinés

Entretien avec Natalia Pouzyreff, députée de la 6e circonscription des Yvelines, en télétravail

Par: 
MK

Nous remercions Natalia Pouzyreff d'avoir accepté de répondre à nos questions sur la manière dont elle poursuit ses missions, tout en étant confinée. Le fait qu'elle ne doive plus se déplacer lui laisse, toutefois, un peu plus de temps. 

Rappelons que sa circonscription comprend quatre communes de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise : Achères, Carrières-sous-Poissy, Médan et Villennes.

Comme tous les Français, Natalia Pouzyreff reste à son domicile depuis le début du confinement. Elle maintient, néanmoins, ses contacts avec le « terrain » de sa circonscription, avec ses collègues de l’Assemblée nationale et avec les ministères. Ses trois assistants parlementaires sont également confinés ; celui qui habite à Paris suit l’activité législative et juridique, les sujets relatifs à la défense et à l’Europe et analyse tous les décrets qui sortent. Une collaboratrice continue à gérer tous les courriers et les courriels reçus et à y répondre. L’autre collaborateur s’occupe de la communication. Chacun est, entièrement, occupé. L’un des avantages du confinement est qu’il n’y a plus de temps perdu dans les déplacements !
 

Comment les députés de la majorité communiquent-ils entre eux et avec les autorités de l’Etat ?

Natalia Pouzyreff communique, à distance, avec ses collaborateurs par téléphone et au moyen de la messagerie sécurisée utilisée, chaque jour, avec ses autres correspondants.
 
Les outils qui avaient été mis en place, bien avant la crise sanitaire, se sont révélés particulièrement efficaces dans les conditions actuelles. Le télétravail des députés du groupe « La République en marche » est organisé via des « boucles de communication », au moyen de l’application Telegram, une solution qui permet de tenir, très réactivement, des conversations à distance (lire l’encadré à la fin de l’article) ; celles-ci sont partagées par toutes les personnes du « groupe » intéressées par les sujets traités. Actuellement, la plupart concernent la santé et l’économie.
 
Il y a également une « boucle » d’expression libre. La communication des députés, en interaction permanente, se fait de manière organisée avec les cabinets ministériels : leurs remontées du terrain, leurs remarques sur ce qui ne fonctionne pas, leurs propositions d’amélioration de certains dispositifs, par exemple l’aide aux petites entreprises, aux artisans et aux commerçants, sont centralisées par un coordinateur qui transmet les requêtes aux cabinets des ministres.
Des visioconférences sont utilisées, au moins une fois par jour, pour les réunions de groupe qui impliquent plusieurs députés, un ministre ou des membres de son cabinet ; le jeudi 16 avril, c’était avec Bruno Lemaire pour parler du plan de sauvetage de l’économie. Parfois, les réunions de groupe hebdomadaires comprennent presque tous les députés de la majorité ; leur nombre, proche de 300, nécessite une discipline, des règles strictes pour la gestion de la parole.
 

Comment les députés interviennent-ils dans la gestion de la crise ?

L’une des remontées récentes du « terrain » de sa circonscription par Natalia Pouzyreff est un bon exemple : elle concernait une interpellation par les horticulteurs et les pépiniéristes qui, habituellement, font plus de 70 % de leur chiffre d’affaires au printemps. Le message a été porté à plusieurs ministères dont celui de l’Agriculture afin que soit donnée l’autorisation de vendre des plants fruitiers et des plans de légumes, qui permettront de futures récoltes et l’indépendance alimentaire. Restait un blocage pour les fleurs, qui ne sont pas considérées comme ayant la même nécessité. L’effort des députés continue pour que les pépiniéristes-horticulteurs puissent, aussi, vendre directement leurs productions.
 
Sur les questions essentielles de l’urgence sanitaire, les députés sont peu intervenus, ayant observé qu’elles étaient prises en compte, de la meilleure façon possible, par le ministère des Solidarités et de la Santé et par les Agences régionales de santé (ARS). Ils ont, néanmoins, apporté leur soutien aux professionnels de santé. Etant en contact avec la direction du Centre Hospitalier de Poissy-Saint-Germain (CHIPS), Natalia Pouzyreff a pu vérifier qu’il avait bien anticipé le pic de la pandémie, en fonction de l’expérience des hôpitaux du Grand Est. Dans le domaine de l’économie, la députée travaillait, lors de notre entretien, sur les conditions de réouverture des commerces, notamment sur les protocoles sanitaires spécifiques à chaque métier. Dans le champ social, les parlementaires ont fait remonter des informations sur le cas de certaines familles n’ayant pas les moyens de bien nourrir leurs enfants, qui ne peuvent plus déjeuner à la cantine ; il en a résulté une décision d’apporter une aide financière aux familles les plus précaires. Des témoignages ont été remontés du terrain sur les personnes handicapées et sur la solitude des résidents des EHPAD. En ce qui concerne l’Aide sociale à l’enfance (ASE), des questions ont été posées pour vérifier que les foyers étaient correctement équipés en matériels informatiques nécessaires pour l’enseignement à distance et que les travailleurs sociaux étaient en nombre suffisant. Depuis quelques semaines, des différends, au sein de familles, exacerbés par le confinement, entraînent des actes de violence. La recrudescence des appels à la police et à la gendarmerie à propos de tels cas a fait l’objet de remontées d’informations vers le secrétariat d’Etat pour la Protection de l’Enfance et le ministère de l’Intérieur. Le résultat a été une sensibilisation des forces de l’ordre et la rediffusion des numéros de téléphone à appeler lorsque des femmes et des enfants se sentent menacés ; le gouvernement a diffusé des messages pour appeler les citoyens à la vigilance et a décidé que le signalement des violences pourra se faire dans les pharmacies.
 
Natalia Pouzyreff a mentionné une de ses actions, avec son équipe, sur le terrain, dans le domaine de l’éducation. Elle avait constaté, grâce aux instituteurs d’Achères avec lesquels elle était en lien bien avant la crise, que certaines familles ne disposaient pas d’un ordinateur, indispensable pour que leurs enfants puissent suivre les cours à la maison ; elle a pu lancer une chaîne de solidarité avec des entreprises qui ont donné des matériels dont elles n’avaient plus besoin. Les instituteurs les ont apportés aux familles concernées, après les avoir configurés ; ils les récupèreront pour leurs classes, lorsque les élèves pourront retourner à l’école. Outre les personnels de l’éducation, la députée reste en relation avec les préfets, suit les diverses initiatives de solidarité et « prend des nouvelles des uns et des autres afin de savoir comment les personnes traversent cette crise et de les accompagner ».
 

Pouvez-vous, Mme Pouzyreff, poursuivre vos tâches de fond ?

Les dossiers sur lesquels la députée travaillait sont passés au deuxième plan. Néanmoins, membre de la Commission de la défense, elle devait participer, le lendemain de notre entretien, à une réunion avec la ministre des Armées, au cours de laquelle la crise sanitaire devait être évoquée : à propos de l’intervention de l’armée en support aux autorités et aux établissements de santé, dans le cadre du programme Résilience. Les questions budgétaires étaient, également, à l’ordre du jour.
 
« Pouvons-nous aller vers une gestion de crise au niveau européen ? » C’est une question à laquelle répond un document rédigé par Natalia Pouzyreff. Elle continue de travailler sur ce sujet, très motivée depuis le début de son mandat pour améliorer la coordination au sein de l’Union européenne.
 

Quelles sont vos actions actuelles pour les quatre villes de GPS&O faisant partie de votre circonscription ?

Un exemple de chaîne de solidarité lancée à Achères a, déjà, été décrit. Qu’en est-il des trois autres communes, voisines, d’un côté de la Seine et de l’autre ? La Lettre d'information Covid-19 #2 de la députée mentionne plusieurs actions de solidarité dans la circonscription, avec des appels aux soutiens à ceux qui les ont initiées :
- Soutien à nos soignants : « Des masques de protection réutilisables ou des masques avec visières ont été fabriqués à Villennes-sur-Seine. ». 250 couturières bénévoles du Collectif en Seine ont confectionné des surblouses pour le Centre hospitalier de Poissy-Saint-Germain.
- Distribution alimentaire : A Carrières-sous-Poissy, 160 familles ont pu bénéficier dune collecte alimentaire, mise en place par la Croix-Rouge dans les deux centres E. Leclerc.
- Des ordinateurs pour l'école à domicile : En mars, 22 ordinateurs ont été répartis dans trois écoles d'Achères. Des ordinateurs récupérés dans une entreprise de Carrières-sous-Poissy ont, également, été prêtés à des familles de la ville.
- Hébergement d'urgence pour les sans-abri : Remerciements aux associations de soutien aux réfugiés et sans-abri pour leur action vigilante, qui a conduit la Préfecture des Yvelines à la mise à l’abri des demandeurs d’asile tibétains installés près d’Achères.

Mme Pouzyreff, sollicité par un Médanais, a transmis au service de biologie virologique de l’hôpital une demande d’avis sur l’utilisation d’un matériel de test biologique dont sa société dispose.
 

Quelle est votre opinion pour l’organisation du second tour des élections
municipales ?

« Seules 5000 communes sur 30 000 n’ont pas élu leur nouveau conseil municipal lors du premier tour », a rappelé la députée. Ce n’est qu’après le second tour et l’élection de tous les maires, avant la fin de l’année, que les intercommunalités, notamment GPS&O, pourront mettre en place leur nouveau conseil communautaire. Un avis devrait être rendu le 23 mai sur la date du second tour. Natalia Pouzyreff ne partage pas l’avis de certains qui proposent de le faire, l’année prochaine, en même temps que les élections départementales et régionales : « Ce serait compliqué pour la population de s’y retrouver », a-t-elle précisé. De plus, dans de nombreuses communes, les nouveaux conseils municipaux élus pourront être installés dès la levée du confinement. « Il ne faudrait pas que les 5000 communes où les élections doivent être finalisées soient trop en décalage par rapport à la première vague. »
 

Comment avez-vous interprété la conclusion de l’allocution du président de la République, le 13 avril « Réinventons-nous dans la concorde ! » ?

« C’est un appel à l’union nationale. La priorité absolue est la sécurité et la bonne santé de tous les habitants. Lorsque nous serons sortis de l’urgence sanitaire, la crise aura des répercussions économiques ; nous mettrons, certainement, deux à trois ans pour relever l’ensemble de nos pays. En 2021-2022, au moins pendant la fin du quinquennat, il faudrait envisager un autre mode de fonctionnement du monde politique. Ne plus faire de la politique comme avant ! »

A la question sur la transposition de cet objectif de « réinvention » au plan local, en particulier dans le fonctionnement des communes et des intercommunalités, Natalia Pouzyreff a répondu en se référant à une loi en préparation : la loi 3D, basée sur la différenciation, la décentralisation et la déconcentration. Ce dernier point concerne les services de l’Etat. La différenciation apportera plus d’autonomie aux collectivités territoriales, en fonction de leurs compétences, pour prendre les décisions qu’elles jugent bonnes pour les habitants. La crise qui n’a, malheureusement, pas permis de présenter ce projet de loi a, toutefois, montré que c’est au niveau local que les initiatives de solidarité se développent le mieux. « Le gouvernement émet des incitations et les accompagne mais reste sur des politiques d’aide ciblées et nationales ». C’est un exemple de l’autonomie qui doit être instillée au niveau des départements et des intercommunalités. Les communes, qui resteront les « premiers interlocuteurs » de la population, ne devraient pas être concernées par les changements ; il faudrait, toutefois, qu’elles soient associées d’une manière différente aux décisions prises aux niveaux supérieurs, avec un droit de regard accru des maires. « L’agenda parlementaire, en fonction du temps qui restera et d’autres priorités comme un projet de loi sur le grand âge et la dépendance, ne permettra, peut-être, pas de voter cette loi territoriale. Je suis d’accord sur le fait qu’il faut se poser les questions de la gouvernance dans ces ensembles immenses que sont certaines intercommunalités ; c’est un sujet dont nous serons appelés à débattre quoi qu’il arrive. »
 
L’application Telegram Messenger,
adoptée à différents échelons de l’Etat
Il s’agit d’une application de messagerie sécurisée, utilisable au moyen d’un smartphone ou d’un micro-ordinateur.  Telegram Messenger est l’une des applications préférées de tous ceux qui ont besoin de chiffrer leurs messages échangés, notamment les terroristes de tous les pays ainsi que les manifestants de Hong Kong et certains Gilets jaunes. En août 2016, les ministres de l'Intérieur allemand et français avaient demandé à l'Union européenne de légiférer sur l'utilisation de messageries chiffrées en Europe. Néanmoins de nombreux dirigeants politiques français et leurs équipes, de gauche, du centre et de droite, ont adopté ce logiciel. L’application française Olvid n’a pas obtenu le même succès ; elle avait été lancée fin 2018, en réponse à des critiques persistantes sur l'indépendance de Telegram, créé par des Russes, vis-à-vis des autorités de leur pays (l'agence russe de régulation des télécoms aurait menacé les dirigeants de Telegram de bloquer leur messagerie s’ils ne fournissaient pas aux services secrets [le FSB] les clés de cryptage, permettant de lire les messages transmis).

La principale différence entre Telegram et d’autres applications, telles que Whatsapp et Facebook Messenger, qui ont des fonctionnalités voisines, est donc le cryptage des communications. Une « boucle de communication » est ce qu’on appelle, ailleurs, un groupe (de discussion) mais elle peut rassembler jusqu’à 5000 personnes

Emmanuel Macron qui avait commencé à utiliser cet outil dès le début de sa « marche » vers l’Elysée, l’a généralisé à la Présidence de la République, à Matignon, à l’Assemblée nationale et dans les ministères.
 
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