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Culture

Réflexions d'un confiné (3) : Paul Doumer et Joseph Gallieni

Par: 
Mac Guffin
L’odonymie est l’étude des noms propres associés aux voies de communication. Une curiosité à Triel-sur-Seine : dans son centre-ville, deux rues portent le nom de personnalités que les édiles de Triel voulurent célèbrer, probablement, dans l'entre-deux-guerre. Une étude des archives municipales permettrait de dater ces attributions.
 
 

Arrêtons-nous d’abord sur la rue principale de Triel-sur-Seine, singulièrement la plus longue de la ville, la Rue Paul Doumer. Ce n’est pas faire injure à nos contemporains de dire qu’à peu près tous ignorent qui fut précisément Paul Doumer. Cet article se bornera à rappeler quelques points saillants de son parcours politique majeur au long de la Troisième République qui s’acheva tragiquement par son assassinat, il y a exactement 88 ans, le 6 mai 1932. Trois aspects de sa vie politique peuvent être retenus.

Un symbole du mérite républicain

Paul Doumer (1857-1932) est, en premier lieu, un exemple quasiment parfait de mérite républicain. Issu d'un milieu modeste, il travaille dès l'âge de douze ans, comme coursier puis ouvrier graveur.  En parallèle de ces emplois, il obtient une licence en mathématiques, puis devient enseignant. Il entre en politique grâce au journalisme qu’il exerce dans l’Aisne et devient député de Laon, une ville promontoire qui offre un point de vue remarquable sur le Chemin des Dames. 

“La civilisation suit la locomotive”

La République comme le Second Empire qui avait d’abord, selon le même principe, colonisé son propre territoire en y développant le chemin de fer, fit exactement de même dans ses projections coloniales. Les chantiers ferroviaires engagés en Afrique, en Guinée Conakry par exemple, comme en Indochine consommèrent beaucoup de vies humaines dont on faisait alors peu de cas, encore moins que dans les bagnes industriels européens. La première mission d’importance de Paul Doumer est le gouvernorat d’Indochine. A partir de 1897, il profite de ce poste pour démontrer toutes ses capacités d’organisateur rigoureux et d’entrepreneur. Durant ce mandat, son action est durablement marquée par le développement économique de cette colonie, qui en porte encore aujourd'hui les traces. Le gouvernorat général est une fonction qui offre de larges pouvoirs, ce qui lui permet d’équilibrer le budget de la colonie en confortant le monopole de la transformation, du commerce et des taxes sur l’opium en vente libre à l’époque, tout comme la cocaïne et l'héroïne, prisées pour leur vertu stimulante ou antalgique. Cette rigueur budgétaire, qui fera sa réputation pour la suite de sa carrière politique (trois fois ministre des finances et promoteur de l'impôt sur le revenu), lui permet de lancer la construction du Transindochinois, une ligne de chemin de fer de 1700 kilomètres du sud au nord du Vietnam, dont la construction s’achèvera en 1936. Sans doute se souvenait-il que son père, qu'il perdit très jeune, était employé pour la pose de rails de chemin de fer.
Justement, en surplomb de la voie ferrée et de la gare de Triel-sur-Seine, se trouve la Rue du Général Gallieni, militaire français également impliqué dans l’entreprise coloniale, particulièrement brutale ; il est présent en Indochine juste avant Paul Doumer, mais aussi essentiellement en Afrique noire, au Soudan et à Madagascar.

La guerre de 14-18 

En 1914, Joseph Gallieni (1849-1916), alors gouverneur de Paris, est avec Paul Doumer, l’artisan de la réquisition des taxis parisiens lors de l’opération des taxis de la Marne qui sauve l’armée française de la déroute et permet de stabiliser le front. Joseph Gallieni meurt en 1916. Quant à Paul Doumer, sénateur, il continue à être très actif durant tout le conflit, mais jamais aux côtés de Clémenceau qui ne l’aimait pas mais le respectait. A la sortie de la guerre, quatre de ses huit enfants sont morts au champ d’honneur ; sa vie politique est désormais marquée par un constant soutien aux anciens combattants qui représentent alors un Français sur deux.

Devenu Président de la République depuis un an, il est assassiné à Paris par un russe blanc, dérangé de l’avis unanime, alors qu'il inaugure le Salon du livre des écrivains combattants.

Pour terminer cet éclairage, mentionnons une troisième voie à proximité de la gare SNCF : l’Avenue des Combattants, comme un trait d’union entre un militaire devenu maréchal (à titre posthume) et un civil devenu Président de la République, deux figures marquantes de la troisième de nos républiques. 

 

Voir à ce sujet une émission historique : https://www.youtube.com/watch?v=L8iNdyNmjmU.
Ainsi que le livre de Amaury Lorin, Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Paris, Dalloz
Un article consacré au pont Paul Doumer dans le blog le Courrier du Vietnam
Généalogie de Paul Doumer : https://gw.geneanet.org/pjame?lang=fr&n=doumer&oc=0&p=paul

 
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